lundi, août 8, 2022

quatre ans après nos révélations, les dirigeants d’Amesys/Nexa mis en examen

C’est l’histoire d’une société française qui a vendu un système de surveillance électronique à la Libye de Kadhafi, puis à l’Égypte du maréchal Sissi. Quatre anciens dirigeants d’Amesys (devenue ensuite Nexa) viennent d’être mis en examen pour “complicité d’actes de torture”.

Plus de huit ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour voir plusieurs marchands de surveillance français rattrapés par la justice. Les 16 et 17 juin, quatre dirigeants d’Amesys et Nexa Technologies ont été mis en examen par la juge Stéphanie Tacheau, vice-présidente du pôle Crimes contre l’humanité du Tribunal de grande instance de Paris. Alors que l’enquête sur la vente de systèmes d’écoute à la Libye de Mouammar Kadhafi et à l’Égypte d’Abdel Fattah al-Sissi semblait bloquée dans les sables mouvants du secret-défense et de la raison d’État, la procédure a connu une accélération inattendue ces dernières semaines, sous l’impulsion de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH). Philippe Vannier, président d’Amesys jusqu’en 2010, a été mis en examen pour « complicité d’actes de torture » dans le premier volet ; Stéphane Salies, Renaud Roques et Olivier Bohbot pour « complicité d’actes de torture et de disparitions forcées » dans le second.

Rappel des faits : en 2011, plusieurs médias (Owni, Reflets.info et le Wall Street Journal) révèlent qu’une entreprise française, Amesys, a vendu en 2007 un logiciel – Eagle – permettant au régime de Kadhafi d’intercepter les communications et de surveiller l’opposition. Le tout avec l’aide de Nicolas Sarkozy. La Fédération internationale des droits de l’homme porte plainte, et malgré les réticences du parquet, une information judiciaire est ouverte en janvier 2013. Les autorités françaises promettent que ça n’arrivera plus mais, en 2017, Télérama lève le voile sur la récidive de nos fleurons français : en 2014, Amesys, devenue Nexa, a vendu le même logiciel, rebaptisé Cerebro, au maréchal Sissi, fraîchement installé au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire. Après une deuxième plainte de la FIDH, l’enquête est étendue à l’Egypte.

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Alors que ces sociétés se sont toujours défendues en répétant qu’elles luttent contre le terrorisme et défendent les intérêts de la France à l’étranger, ces nouveaux développements pourraient venir marquer la fin de l’impunité, d’autant plus que l’instruction a été étendue à l’Arabie saoudite. Saluant une « formidable avancée », la FIDH ajoute que « les mises en examen des quatre dirigeants pourraient précéder celles des deux entreprises en tant que personnes morales ». Ce serait une première, en attendant la décision de la Cour de cassation dans l’affaire Lafarge en Syrie, attendue pour le 15 juillet.

Hasard du calendrier : ces mises en examen interviennent au moment où le Premier ministre, Jean Castex, vient d’annoncer la création d’une commission parlementaire pour étudier les exportations d’armement. Celle-ci produira notamment un rapport annuel sur les biens à double usage, « sujet ultrasensible » depuis… l’affaire Amesys. D’ici là, la circonspection n’est pas interdite : il y a quelques mois, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), placé sous l’autorité de Matignon, s’opposait dans une note classifiée à un renforcement du contrôle, susceptible d’entraîner « des effets d’éviction de l’industrie française dans certains pays ».

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