Pat Metheny en cinq albums majeurs

Présent sur la scène jazz depuis les années 1970, grand admirateur d’Ornette Coleman, le guitariste sort un deuxième album cette année : “Side-Eye NYC, V1.IV”. L’occasion de revenir sur cinquante ans de carrière et cinq albums majeurs.

Guitariste de génie et compositeur très prolifique, Pat Metheny bâtit depuis plus de quarante-cinq ans une œuvre singulière et foisonnante. À l’occasion de la parution de Side-Eye NYC, V1.IV, son deuxième album dans la seule année 2021, retour sur cinq jalons importants d’une discographie plantureuse.

Entrée en matière : Bright Size Life (1976) 
Pour se figurer la chose, quelques petits chiffres et grands noms. Voici un album conçu par un type de 21 ans qui ne pratique son instrument que depuis huit ans (la pose d’un appareil dentaire, à 13 ans, l’a détourné de la trompette vers la guitare). Il l’a enregistré pour ECM, le prestigieux label de Keith Jarrett et Jan Garbarek, avec le concours du batteur Bob Moses et celui de Jaco Pastorius, génie définitif de la basse bientôt employé par Weather Report. Peut-on concevoir entrée plus royale ? De fait, ce premier album qui vante la vie en grand (bright size life) témoigne d’ambitions démesurées — et se montre à leur hauteur. C’est que la fluidité exceptionnelle de la guitare, ses respirations aériennes et la souplesse soyeuse des échanges entre chacun paraissent toutes au service de compositions dont la maturité ne laisse pas d’étonner aujourd’hui encore.

Élargissement de l’horizon : Pat Metheny Group (1978) 
En jazz comme en pop, les années 70 sont le temps des associations les plus imprévues, des projets mégalos et expérimentations à tout crin. C’est bien connu et les esprits aigres d’aujourd’hui le leur reprochent assez, les baby-boomers ne se refusent rien, ils se gavent. Après le trio (Bright Size Life) et en attendant le solo intégral (New Chautauqua) puis une tournée avec Joni Mitchell, Metheny fonde donc le Pat Metheny Group avec Lyle Mays (claviers), Mark Egan (basse) et Danny Gottlieb (batterie). Cette formation connaîtra un immense succès et permettra au guitariste de figurer parmi les jazzmen les plus influents des années 80. Il faut dire que, loin de multiplier les tensions et de s’échauffer les sangs dans de frénétiques compétitions, le Pat Metheny Group accomplit des combinaisons subtiles entre jazz et musiques du monde et des alliages (souvent moins subtils) de sonorités acoustiques et synthétiques, cela en conservant un son doux, propice à des mélodies « atmosphériques » et sereines pleinement compatibles avec le « new age » en pleine émergence.

Liberté sans frein : Song X (1986) 
Cantonner Pat Metheny à ses investigations dans les contrées les plus éthérées de la fusion serait fort réducteur. S’il s’y sent bien, il n’hésite pas à aborder des terrains plus accidentés et autrement périlleux. L’homme, d’ailleurs, n’a jamais caché être un grand admirateur d’Ornette Coleman, le saxophoniste par qui la révolution free advint, à la fin des années 50. En 1986, quand même Archie Shepp ou Pharoah Sanders sont depuis longtemps revenus à la tonalité et aux standards, Metheny enregistre avec lui un disque de free jazz radical et déjanté, Song X. Simple hommage ? Anachronisme ? Il serait difficile de l’affirmer à l’écoute de ces essaims de sons mordants, aussi incontrôlables et crépitants qu’une nuée d’ions affolés.

Simplicité et recueillement : Beyond the Missouri Sky (1997) 
Durant les années 80 et 90, le guitariste, sous son seul nom ou au sein du Pat Metheny Group, enregistre le plus souvent une musique qui emprunte à toutes les sources de la « world » en vogue, au funk synthétique ou aux canons commerciaux du moment. Une opération sans doute fort rentable, qui lui permet d’accumuler les Grammy Awards. Mais derrière l’aisance formidable et des ambitions toujours louables, les facilités percent trop et nombre de ces productions n’ont pas résisté aux atteintes du temps. Ce qui ne sera jamais le cas d’un simple dialogue acoustique comme celui noué avec Charlie Haden en 1997. Compagnon de route d’Ornette Coleman, le contrebassiste est l’homme de la juste émotion et de l’intime. À son contact, c’est un autre Metheny qui paraît, plus raffiné et recueilli, infiniment plus sobre et qui joue du silence aussi bien que des notes.

En apesanteur : Side-Eye NYC, V1.IV (2021) 
Ce bref survol de la discographie de Pat Metheny ne peut prétendre en avoir parcouru toute l’étendue ni même avoir mis au jour l’ensemble de ses lignes directrices. Trop de collaborations, trop de tentatives d’un jour. Des fulgurances, des ratés aussi. Curieux de tout, l’homme au grand sourire et aux perpétuels ravissements d’adolescent a besoin, parfois, de solidifier les acquis en revisitant quelques titres anciens avec de jeunes talents. Enregistré en trio et en public, Side-Eye NYC, V1.IV le voit ainsi reprendre Bright Size Life ou Better Days Ahead entre deux nouvelles fresques, It Starts When We Disappear ou Zenith Blue, qui offrent comme un condensé de ce que le guitariste a accompli au sein du Group, suaves apesanteurs, longs traits de synthétiseur, joaillerie fine des percussions et jouissance des couleurs sonores. Un disque moins novateur qu’ancré dans le savoir-faire de Metheny — mais quel savoir-faire !

À écouter
:3f: Pat Metheny, Side-Eye NYC, V1.IV (BMG/Warner).

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