mercredi, août 17, 2022

la Tunisie et sa justice malmenes

6268 dossiers terroristes touffs, une dpute agresse : la Tunisie et sa justice malmenes

 

La journée du mercredi 30 juin 2021 est une nouvelle journée noire dans l’Histoire de la Tunisie post-révolutionnaire. Encore une. Si l’on ne déplore pas de victimes d’assassinat ou d’acte terroriste, il n’en demeure pas moins que les péripéties de cette journée restent d’une gravité extrême et n’annoncent rien de bon.

La matinée d’hier était caractérisée par la conférence de presse du comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Les avocats du comité annoncent au public que l’ancien procureur de la République, Béchir Akremi, aurait étouffé quelque 6268 dossiers terroristes. Excusez du peu. Le bonhomme est en liberté totale malgré les griefs et continue d’exercer sa profession de juge le plus naturellement du monde.

Le comité annonce, dans cette même conférence, qu’il a pris possession du rapport d’enquête établi par l’Inspection générale relevant du ministère de la Justice et que ce rapport, confidentiel, sera dévoilé au public, dans le détail et dans plusieurs langues, à partir de la semaine prochaine et par épisodes.

Pourquoi ne pas divulguer le tout maintenant ? Pourquoi ne pas avoir attendu la semaine prochaine ?

A cette question, un membre du comité répond à Business News par ce qui suit. L’inspection générale a décidé de traduire Béchir Akremi devant le conseil de discipline pour le 1er juillet 2021 et tout indique que ce conseil fera de telle sorte que l’ancien procureur en sorte indemne. Il fallait donc informer le public et faire pression.

« Quant à la stratégie de le dévoiler par épisodes, on craint fortement que l’histoire soit rapidement banalisée par d’autres événements susceptibles de braquer l’attention de l’opinion publique », nous répond notre interlocuteur.

 

Il ne croit pas si bien dire, car l’après-midi même de cette conférence de presse, l’attention du public a été détournée par un grave incident au sein du Parlement.

Le député indépendant, et ex Karama, Sahbi Smara se lève de son siège et se dirige vers la présidente du PDL Abir Moussi pour lui asséner trois gifles.

Plus tard dans la soirée, le président du bloc Karama, agresse une nouvelle fois Mme Moussi en la frappant d’un coup de pied et ce après un florilège d’insultes et d’insinuations sexistes tout au long de la journée.

Jamais, sous l’hémicycle, on a eu droit à une telle scène de violence. Un seul précédent a eu lieu, et c’était dans les couloirs du Parlement, on a violenté Samia Abbou, députée d’Attayar, pour la pousser par terre. A l’origine de l’agression de Mme Abbou, des députés d’Al Karama.

Cette violence récurrente, physique et verbale, d’Al Karama n’étonne plus personne. Mais que cette violence ait lieu au cours de la journée d’hier, ceci interpelle.

 

Il se trouve que les députés d’Al Karama ont pour manie de nager en eaux troubles. Leur député Maher Zid a publié plusieurs articles, et dernièrement un livre, dans lesquels il accuse des services de renseignement étrangers d’être à l’origine des actes terroristes. Leur président Seïf Eddine Makhlouf est avocat et a défendu des dizaines de suspects de terrorisme. Il a fait un forcing pour faire entrer de force à l’assemblée une personne fichée par la police pour suspicion de terrorisme. Il a fait un forcing à l’aéroport pour tenter de faire voyager de force une femme fichée par la police pour suspicion de terrorisme.

 

Que Seïf Eddine Makhlouf et son ancien camarade Sahbi Smara commettent un acte de diversion pour détourner l’attention de l’opinion publique sur les révélations du matin du comité de défense de Belaïd et Brahmi est plus que probable. Le résultat est en tout cas bien là, car depuis hier soir on ne parle que de l’agression de Abir Moussi. Plus personne, ou presque, ne parle des 6268 dossiers de terrorisme étouffés et encore moins du conseil de discipline censé trancher, aujourd’hui, sur le dossier de Béchir Akremi.

 

Les péripéties de ce mercredi 30 juin sèment le trouble dans un Etat déliquescent à la justice fortement éprouvée.

Jamais la Tunisie n’a atteint ce bas niveau. Son économie est chancelante, sa situation sanitaire est alarmante et ses politiques naviguent à vue.

L’attention du président de la République Kaïs Saïed est axée sur la constitution de 1959 et ne se préoccupe guère du marasme économico-politico-sanitaire du pays. Sa popularité est d’ailleurs en chute, passant de 44% en avril à 38% en juin, d’après les sondages établis par Emrhod pour Business News.

Atteint par le Covid-19, le chef du gouvernement Hichem Mechichi travaille depuis son domicile et ne réussit quasiment rien depuis qu’il est à la Kasbah.

Sa popularité est également en chute passant de 18% à 16% à la même période. Le soutien politique que lui offrent les islamistes d’Ennahdha et les islamistes radicaux d’Al Karama fait que M. Mechichi devienne une sorte de marionnette entre leurs mains. Il n’hésite même pas à se rendre complice de certains actes répréhensibles, comme le fait de laisser en état de liberté le député islamiste radical Rached Khiari (élu sur les listes d’Al Karama) malgré le mandat d’amener émis à son encontre par le parquet militaire.

Quant à Rached Ghannouchi, président du Parlement, il reste toujours impopulaire avec ses 7% (en chute de trois points depuis le début d’année). Sa passivité devant les députés islamistes radicaux d’Al Karama devient légendaire. Jamais, au grand jamais, la Tunisie n’a eu un président de parlement aussi faible et aussi controversé.

 

Avec cet état de faits, on ne présage rien de bon pour l’avenir de la Tunisie. La révolution, supposée mettre fin à la dictature et la répression, a ouvert les portes à des « terroristes » en col blanc qui siègent au parlement et des gouvernants inexpérimentés et médiocres au gouvernement et à la présidence de la République.

 

R.B.H.

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