“Cher connard”, de Virginie Despentes : un roman épistolaire bien ancré pendant son époque

L’écrivaine s’empare brillamment du genre prisé par les moralistes du XVIIIe siècle pour évoquer questions saillantes du monde contemporain et thématiques plus intimes, avec justesse et empathie. Un roman indigné, doublé d’un essai pénétrant sur notre temps.

De quelle tour de guet Virginie Despentes observe-t-elle notre monde, notre temps, pour s’en saisir avec une telle netteté ? beaucoup d’acuité, de justesse, de nuances, d’empathie et de saine colère mêlées ? Il ne fait plus de doute, depuis longtemps – bien avant le succès formidable de la trilogie Vernon Subutex (2015-2017) –, que l’autrice, naguère labellisée rock ou punk ou prolo ou porno…, occupe une place centrale dans le paysage littéraire d’aujourd’hui. Contemporaine désormais capitale, parce que demeurée sans allégeance et sans cynisme. Définitivement indignée, révoltée, subversive. Embourgeoisée par le succès, lit-on parfois dans la presse. Par la voix d’Oscar, le personnage d’écrivain auquel elle donne, dans Cher connard, l’un des deux premiers rôles, Despentes répond, ferme et cash : « On me demande souvent d’un air gourmand “mais tu tu êtes embourgeoisé, n’est-ce pas ?” J’ignore pourquoi le journaliste la prononce toujours sur le ton mi-triomphant, mi-inquisiteur de la question piège. Comme si c’était à moi de me sentir embarras d’avoir appris sur le tard à aimer le buffet du déjeuner des grands hôtels, le cachemire et le fauteuil design. Comme si je devais personnellement répondre des inégalités du capitalisme, de l’ascension sociale en panne — ou qu’on me frotte le nez dans la merde en ricanant “tu vois que t’aimes ça, le luxe, salope de pauvre” ».

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