sur RFI, le théâtre francophone contemporain à pleine voix

Des manifestations sanglantes en Guinée aux tourments de la politique camerounaise, la station poursuit cet été, chaque samedi, un cycle de lectures lancé lors du Festival d’Avignon, autour d’auteurs émergents du continent africain.

« Nous sommes les immolés de la République », entonnent en chœur les victimes des manifestations d’octobre 2019 en Guinée, contre la présidence « à vie » d’Alpha Condé (encore au pouvoir aujourd’hui). Dans la pièce La Cargaison, Souleymane Bah met en scène l’errance des cadavres de ces onze étudiants tués, devenus invisibles aux yeux des vivants. Leurs dépouilles ont été gardées par les autorités, faisant d’elles des « enjeux de pouvoir », explique le dramaturge guinéen.

Présenté lors du cycle de lectures Ça va, ça va le monde ! organisé par RFI au Festival d’Avignon, son texte – bouleversant – est interprété par trois excellents comédiens (Nadège Ouedraogo, Serge Yéroné Koto et Vincent Minne). L’auteur a refusé que « le pathos prenne le dessus », et a choisi d’user d’un humour macabre et grinçant.

L’un des personnages est ainsi « un bébé dans le ventre de sa mère », pour qui les tueries en cours sont un jeu qui « a l’air trop bien ». Dieu est risible, passant pour un « déconneur » qui s’amuse avec le destin des hommes. Cette mise à distance rend l’inhumain un peu plus supportable. Et l’écriture de Souleymane Bah un peu moins « effrayante », selon Pascal Paradou, en charge de cette série d’émissions, qui juge les textes de l’artiste « violents, durs, crus ».

Palabre

En plus de cette pièce, les auditeurs de RFI pourront en écouter cinq autres, chaque samedi. Comme Nuit de veille, de Kouam Tawa (diffusée le 31 juillet), qui dénonce, sous la forme d’une palabre africaine, l’instrumentalisation politique des célébrations de l’indépendance du Cameroun. Pendant une heure, six voix condensent la parole d’une centaine de personnages qui se réapproprient leur histoire. Les textes prennent vie sur scène, devant une centaine de spectateurs, par la voix et le corps des comédiens, très engagés physiquement dans la lecture.

« Les mots sont vivants, tout comme leurs auteurs… Alors il est inenvisageable que l’énonciation, elle, soit éteinte », explique le metteur en scène Armel Roussel. Pour les ambiances, pas question de « faire croire que l’on est en Afrique », insiste-t-il. L’idée est de permettre aux auditeurs de découvrir des auteurs de théâtre avec un son moins pur qu’en studio, mais qui fait entendre Avignon, ses cigales, son mistral.

Festival Off d’Avignon : dix-huit spectacles à ne pas rater Sortir 22 minutes à lire

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