Pas de passe sanitaire pour les centres commerciaux : incohérent… mais réaliste

L’HUMEUR DU JOUR – Le lobbying a payé : contrairement aux lieux culturels, le passe ne sera pas exigé à l’entrée des grands magasins. Une décision révélatrice de leur place indétrônable dans notre manière de consommer… que la prise de conscience lors du premier confinement n’a guère ébranlé.

Le Parlement a tranché : à partir de la semaine prochaine, on pourra faire ses courses dans un centre commercial sans exhiber de passe sanitaire (sauf avis contraire du préfet)… alors qu’il sera nécessaire pour aller au cinéma, au théâtre, au musée, à l’hôpital – excepté pour les urgences —, dans les maisons de retraite, les salles de sport, les trains, les avions, etc. Et même pour prendre un café ou manger à la terrasse d’un bar ou d’un restaurant. Après quelques jours d’un intense lobbying, les représentants de ces centres ont gagné.

Deux arguments de poids plaidaient pour eux : le contrôle d’un QR code aurait engendré d’interminables files d’attente. Et dans certaines zones rurales, où l’épicerie et la boulangerie du village ont fermé depuis belle lurette, les centres commerciaux sont le seul endroit où acheter des produits de première nécessité – parfois aussi le premier employeur ; bref : ils sont indispensables.

Une réalité économique et sociologique

On perdrait donc son temps à chercher dans l’exemption qui leur est accordée une quelconque cohérence sanitaire. Plutôt une réalité économique et sociologique : oui, depuis 1963 et l’ouverture du tout premier hypermarché en France (à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans le sud de la région parisienne), nos territoires sont si largement structurés autour des grandes surfaces commerciales que celles-ci imposent leur loi — et plus seulement aux agriculteurs, soumis depuis toujours à leurs conditions tarifaires asphyxiantes.

Le premier hypermarché ouvert en France, en 1963, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).

Gregory Danel / AFP

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Depuis un demi-siècle, tout a joué en leur faveur : le développement des habitats périurbains, la généralisation de la voiture, les sorties familiales où l’on mêle les courses alimentaires dans les rayons d’un hyper à la flânerie « loisirs » dans sa galerie attenante – et puis il est tellement pratique de se garer sur le parking d’à côté… Alors certes, il eût été cauchemardesque de mettre en place un passe sanitaire à l’entrée des centres commerciaux.

Mais au-delà de ce constat, continuons d’interroger nos modes de vie à l’aune du Covid. Lors du premier confinement, il y a plus d’un an, nombre d’observateurs misaient sur l’essor des circuits courts et des commerces de proximité…

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