Les ingrdients d’une nouvelle rvolution sont l

 

Vous l’avez oublié et bientôt je l’oublierai avec vous. L’enfant de quinze ans dénudé par la police, lors d’affrontements entre la police et des manifestants de Sidi Hassine, n’a toujours pas trouvé justice. On savait que l’affaire allait être étouffée, là voilà bien étouffée trente deux jours après. Les policiers agresseurs ne sont pas en prison, on ne connait pas leurs noms et on ignore tout de la procédure engagée à leur encontre. On n’en parle plus, on passe au scandale suivant. C’est révoltant, n’est-ce pas ?

 

Autre affaire qu’on tente par tous les moyens de vous faire oublier, celle de l’ancien procureur Béchir Akremi accusé d’avoir étouffé quelque 6268 affaires terroristes. Grâce au comité de défense des martyrs Belaïd et Brahmi, l’affaire remonte à la surface, chaque fois qu’on tente une diversion. Le comité publie épisodiquement quelques extraits du dossier (étouffé) de l’inspection. De fait, les médias se trouvent obligés de relayer les nouvelles révélations et de garder ainsi à la une ce scandale. Bravo au comité d’avoir trouvé le stratagème idoine pour déjouer les diversions des islamistes.

Ce stratagème n’est cependant pas du goût de tout le monde. Dans les pays qui se respectent, où les médias sont forts et font suffisamment de pression sur les politiques, Béchir Akremi serait maintenant en détention préventive en attendant d’en savoir plus. Chez nous, l’ancien procureur attend gentiment chez lui l’issue du conseil de discipline (prévu aujourd’hui). Passons. Je disais que le stratagème du comité de défense n’est pas du goût de tout le monde. Dans les pays qui se respectent, ses membres seraient reçus sur tous les plateaux télévisés, par le président de la République, par le parquet et par tous ceux qui croient que la Justice doit être au-dessus de tout le monde. Chez nous, c’est l’inverse. Les membres du comité sont dénigrés par les islamistes et poursuivis par les magistrats.

Un des membres de ce comité, Ridha Raddaoui, fait ainsi l’objet d’une plainte (au pénal SVP) déposée à son encontre mardi dernier par l’Association des magistrats tunisiens (AMT), la plus forte ou la deuxième plus forte organisation des magistrats en Tunisie qui monte au créneau pour défendre Akremi.

Qui est le juge qui va pencher sur le dossier Raddaoui ? Est-il de l’AMT ou du Syndicat des magistrats (SMT) ?

Quelle que soit son appartenance, son intégrité est tâchée puisque l’AMT est partie prenante dans l’affaire. Un proverbe tunisien dit : « Qui va te juger si le juge est ton adversaire ? ». C’est le cas de Me Raddaoui. L’avocat fait éclater un dossier explosif et c’est lui qui se trouve poursuivi ! C’est de la diversion, c’est de l’intimidation. C’est révoltant n’est-ce pas ?

 

Autre affaire qu’on tente par tous les moyens de vous faire oublier, celle du juge Taïeb Rached, Premier Président de la Cour de Cassation, Président de l’Instance Provisoire de contrôle de  la constitutionnalité des projets de lois et membre suspendu du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM).

Lui, il est accusé de blanchiment d’argent et bien plus encore. Il appartient au camp adverse de Béchir Akremi et l’AMT veut sa peau. En revanche, le SMT le défend mordicus et le CSM est divisé. Vous suivez ? C’est compliqué et c’est sale, voilà l’idée maîtresse qui se dégage de ces deux affaires. Voilà l’image qui se dégage de notre justice et de nos magistrats. Sans justice, il n’y a point de développement, point de société, point de croissance, point d’État. C’est révoltant n’est-ce pas ?

 

Les islamistes ont remis à l’ordre du jour la question du Fonds de dignité censé dédommager les « victimes » de l’ancien régime. 29950 personnes sont concernées par ces indemnisations dont la valeur totale avoisine les trois milliards de dinars. Ce fonds devrait être alimenté par le budget de l’État (10 MDT) et des donations étrangères. Encore des donations, encore de la mendicité en notre nom. Quelle est la priorité aujourd’hui ? Le Covid-19 et la relance économique ou l’indemnisation de personnes qui se prétendent victimes ?

Les militants, les vrais, ne demandent pas de dédommagements, ils demandent juste la reconnaissance. Descendant d’une famille de militants, dont les noms ornent les rues, j’ai une idée précise de ce que militantisme veut dire. Des gens comme feue Maya Jeribi, Néjib Chebbi, Hamma Hammami et des milliers d’autres savent exactement ce que militantisme signifie. Quand vous réclamez un dédommagement pour votre militantisme, vous n’êtes plus militant, vous vous mettez dans la peau d’un mercenaire.

Combien parmi ces 29950 personnes ont milité vraiment pour le pays ? Très peu.

La majorité a milité pour que l’islam, leur islam, soit imposé de force sur les gens et devienne la loi du pays à travers sa chariâa.

La majorité a milité pour obtenir une place au paradis, parce qu’ils pensent qu’Allah leur a demandé le djihad sur la terre tunisienne.

Plusieurs, voire une majorité, a déjà été indemnisée en étant recrutée dans la fonction publique et occupe, aujourd’hui, un emploi fictif.

Plusieurs ont pris les armes pour les diriger contre la police tunisienne.

Plusieurs ont jeté l’eau de feu sur leurs compatriotes.

Plusieurs ont été condamnés pour des faits de terrorisme avéré.

Ce sont ces gens-là qu’Ennahdha cherche aujourd’hui à indemniser ! Le parti cherche à gagner du galon en enfonçant encore davantage notre dignité dans la boue. Leur fonds est un fonds d’indignité ! Au lieu d’indemniser les terroristes d’hier, indemnisons les familles des martyrs morts ces dix dernières années sous la coupe des islamistes ! Ils sont, et de loin, prioritaires ! Sauf qu’eux, ils sont dignes ! C’est révoltant, indignons-nous !

 

La pire nouvelle de la semaine est sans conteste la dégradation de la note tunisienne par l’agence Fitch Ratings. On passe de B à B- avec perspectives négatives.

L’information est quasiment passée sous silence et n’intéresse pas vraiment l’opinion publique.

Pourtant, elle est fondamentale. Elle aurait dû mobiliser les trois présidences et devenir prioritaire. Savez-vous qu’il ne faut que quelques mois pour être dégradé d’un cran et qu’il nous faut une bonne dizaine d’années pour être upgradé ? Savez-vous que cette dégradation va rendre plus difficiles et plus coûteuses nos sorties sur le marché international ? Que cette dégradation va rebuter davantage les investisseurs étrangers ? Qu’elle a une incidence directe sur la croissance et le chômage ? Non, rares sont ceux qui le savent et, ça aussi, c’est révoltant.

 

La semaine dernière a enregistré des records de décès du Covid-19 en Tunisie. On a frôlé les deux cents décès en 24h. Au total, samedi dernier, on a dépassé les seize mille morts. Combien aurait-on pu sauver parmi eux ? Des centaines, voire des milliers. Il aurait suffi que l’Etat ait plus de moyens, communique davantage, sensibilise mieux les gens, anticipe les besoins et on aurait évité plein de morts. Qui est le coupable de tout cela ? Le peuple, dit-on un peu partout. Ce n’est pas faux. Mais si le peuple est bête, c’est à ses dirigeants (son élite) de le hisser vers le haut et de donner l’exemple. Le peuple n’est pas à blâmer s’il est bête et inconscient, ceux qui sont à blâmer sont toutes ces personnes qu’on paie pour nous gouverner et protéger nos vies. Voici une liste de ces gens-là.

N’empêche, le fait est là et on a maintenant que nos yeux pour pleurer les 16.000 morts. Inutile de remuer le couteau dans la plaie. Qu’a fait l’État pour limiter les dégâts, équiper ses hôpitaux et vacciner la population ? Réponse : la mendicité. Chacune des trois présidences est allée quémander à l’étranger des aides d’urgence. Ils font la course pour se montrer, comme quoi ils sont préoccupés par la santé des Tunisiens. Kaïs Saïed (avec ses réunions du week-end et ses communiqués à deux heures du matin) est allé voir l’Egypte et les Emirats. Les islamistes d’Ennahdha et les islamistes radicaux d’Al Karama prétendent que leur cheikh Rached Ghannouchi a sollicité, avec succès, les Turcs et les Qataris. Hichem Mechichi est allé voir la diaspora tunisienne en France.

Et voilà le déluge de communiqués et de photos immortalisant l’arrivée des aides étrangères. On en est là chers compatriotes ! On en est à mendier des vaccins et des concentrateurs d’oxygène chez les autres. Après tout cela, ils prétendent que la révolution tunisienne est la révolution de la dignité. De quelle dignité parle-t-on ?! Gouvernants indignes, vous avez sali notre Tunisie, vous avez mis dans la boue notre dignité, vous avez vidé les caisses, vous avez tué 16.000 personnes ! Ah ce que c’est révoltant !

 

Pour contrer le Covid, les autorités ont pris plusieurs mesures parmi lesquelles le confinement obligatoire le week-end, l’interdiction de circulation des véhicules, l’interdiction d’entrer ou de sortir pour certaines régions… Tout cela, sur le papier, est bien beau.

Sur le terrain, il en est autrement et on ne peut vraiment pas en vouloir aux policiers sommés, sous le soleil, d’appliquer les mesures contradictoires et insensées des autorités et une liste infinie d’exemptions.

Ainsi, ne sont pas concernés par le confinement obligatoire et les restrictions les professionnels des secteurs vitaux. C’est normal et ce n’est pas nouveau.

Pour l’été 2021, on a prévu une nouvelle exemption et elle est surréaliste. Les clients des hôtels munis d’un voucher sont autorisés à circuler librement et à quitter les régions fortement contaminées. La mesure obéit à une logique économique, permettre aux hôtels de survivre et faire vivre leurs milliers d’employés. C’est bien beau tout cela, mais a-t-on pensé un instant à la frustration engendrée, par cette mesure, aux millions de Tunisiens qui ne vont pas à l’hôtel faute de moyens ou de possibilité ?

Qu’il y ait des inégalités dans une société, c’est la loi de la nature, c’est la loi du capitalisme, c’est la loi de la chance. Mais que l’Etat lui-même discrimine la population, c’est juste insensé.

En clair, on a quatre classes sociales maintenant. Les riches qui iront prendre leurs vacances à l’étranger, la classe moyenne supérieure qui ira dans les hôtels, la classe moyenne inférieure confinée chez elle et interdite même d’aller à la plage de banlieue et la classe pauvre qui vivote au jour le jour en désobéissant, à ses risques, aux ordres sanitaires.

C’est révoltant ? C’est pire. Il y a là les ingrédients nécessaires à une véritable révolte populaire. A une nouvelle révolution. Une révolution qui ne va pas épingler les dirigeants seulement, elle va pousser les révoltés à attaquer les nantis et ceux qui sont favorisés par la nature et par l’État.

La cocotte bouillonne lentement et elle va exploser, c’est la suite logique qui nous attend de cette politique désastreuse et idiote de nos gouvernants.

Avec autant d’injustices, avec autant de favoritisme, avec autant de népotisme, avec autant de discriminations, avec autant de fraudes, avec autant d’égoïsme, avec autant d’aveuglement, il n’y a pas d’autre issue possible.

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