l’art parisien rencontre l’art rural à la maison Laurentine de Châteauvillain

Rendre l’art accessible à tous, voilà le but de la maison Laurentine basée à Châteauvillain (Haute-Marne). Cet été, elle propose de nouvelles expositions gratuitement aux visiteurs. Voici nos coups de cœur.

Une dizaine d’artistes de tous les horizons. C’est que vous pourrez trouver à l’exposition de la maison Laurentine, « Origines des mondes », située sur le site du Chameau à Châteauvillain, depuis début juillet. Elle est ouverte au public gratuitement jusqu’au 12 septembre 2021. Comme de nombreux artistes y sont exposés tout l’été, voici nos trois coups de cœur.

 

 

« Créer de la magie avec des technologies ». C’est ainsi que Maflhoé Passedouet décrit son travail. L’artiste parisienne a installé trois œuvres au Chameau, la salle d’exposition de la maison Laurentine. Deux œuvres interactives et une contemplative.

  • La première œuvre, Corps tangibles, est une succession de trois tableaux lumineux présentés toutes les cinq minutes, qui réagissent à la présence des spectateurs. « Les corps dégagent tous de l’électromagnétisme différemment, c’est ce que j’avais envie de représenter par un jeu de lumière coloré qui n’est jamais le même selon les personnes », confie l’artiste.

 

 

  • La deuxième œuvre, Séléné est une transformation par l’artiste d’une ancienne platine disque. « Au-dessus du disque de la Sonate au clair de lune de Beethoven, et tout au long de l’écoute de la musique, les phases de la Lune se déclinent sous nos yeux. Je suis très sensible à la lune, et à cette musique depuis l’enfance. J’avais donc envie de partager cette sensibilité avec le public et de créer une émotion chez lui », explique-t-elle.

 

  • La troisième œuvre, Between the Lines, représente un avatar 3D de Maflohé Passedouet. Dans cette œuvre, l’artiste d’origine tzigane fait appel à ses souvenirs d’enfance où elle pratiquait le tarot rom. Elle incite le spectateur à glisser sa main sous un système électronique pour en lire les lignes. « À partir de là, une carte est tirée et analysée par mon double digital et chaque spectateur repart avec un secret. C’est une façon de créer des liens avec chacun d’eux », explique l’artiste.

 

Plus attirée par les zones rurales pour exposer, la jeune femme aime particulièrement faire découvrir son travail à des personnes peu habituées à l’art. C’est pour cela qu’elle aime travailler avec la maison Laurentine.
 

Les Parisiens sont facilement blasés et moins dans la découverte que le public en zone rurale. C’est la raison pour laquelle je n’expose presque plus à Paris, où je n’ai pas le temps de créer des liens avec les visiteurs de mes œuvres, alors que leur côté interactif a justement ce but.

Maflohé Passedouet, artiste

Un avis que partage un autre exposant Eric Roux-Fontaine, artiste peintre, notre deuxième coup de cœur.

 

  • Les peintures contemplatives d’Eric Roux-Fontaine

Lorsque l’on entre dans la salle d’exposition du Chameau, l’immense toile attire immédiatement l’œil. Eric Roux-Fontaine a décidé d’y représenter un « souvenir d’enfance », un lac de Savoie et ses environs. Il les a imaginés à sa façon, avec des influences puisées dans les forêts et les jungles indiennes et tropicales qu’il a autrefois parcourues.

« J’aime créer des paysages existants, en imaginant ce qu’ils ont pu être ou ce qu’ils pourraient devenir si la nature reprenait ses droits. Je puise essentiellement mes inspirations dans la nature et plus précisément la forêt, et tout ce qu’elle représente de croyance, de magie, de folklore ou même de danger pour les différentes civilisations », détaille le peintre.

 

Amateur des jeux de textures, il donne une identité à ses toiles en travaillant la peinture « comme il travaillerait la terre ». Habitué des expositions à New-York, Paris, Boston ou Los Angeles, Eric Roux-Fontaine est ravi de délocaliser l’une de ses œuvres à la campagne.

« Pour moi, c’est le retour de la nature que je représente dans la nature même. Il est tout à fait extraordinaire de rencontrer des gens qui, après avoir travaillé leurs champs à 5 heures du matin, viennent à l’exposition parce qu’on leur en a parlé et sont curieux. Leur regard est différent de celui des amateurs d’art classique, mais il n’en reste pas moins intelligent et intéressant pour autant. C’est la grande force de la Maison Laurentine. Elle permet à tous les artistes professionnels ou non d’exposer, et aux visiteurs de tout milieu de découvrir leur travail. C’est un vrai lien. Toutes les frontières sociales et culturelles sont effacées », explique l’artiste.

À leur côté, une artiste champenoise expose elle aussi. C’est notre troisième coup de cœur.
 

  • L’eau « solide » de Béatrice Chanfrault
     

Impossible à première vue d’imaginer qu’il s’agit d’éléments de nature tissés. Et pourtant… « En 2020, je me baladais le long de l’Aube et je voyais la terre s’assécher de plus en plus. Cela faisait plusieurs années que le cours d’eau était à sec, j’ai donc eu l’idée de ramasser des morceaux de verdures, les fonds non identifiés de la rivière et de les foudres sur de grands tissus avant de les teindre. C’est ce qui crée la texture particulière de l’oeuvre. Mais comment représenter le manque d’eau autrement ? » , s’interroge l’artiste auboise.

L’œuvre de Béatrice Chanfrault, « l’Aube désertée », frappe le visiteur par le jeu de textures qui en ressort.


© Aurore Trespeux / FTV

 

Aux côtés de ces trois artistes, retrouvez également deux expositions du photoreporter Reza Degathi. L’une réunit les clichés pris par le photographe francoiranien en zone de guerre, pour de nombreux médias internationaux. L’autre plus intimiste, intitulée « L’épaisseur du silence », met en scène des photos plus intimes et inédites.

Lors de sa découverte de l’exposition mise en place par sa femme, le photoreporter Reza nous a confié avoir photographié un petit garçon à la libération de Mandela en Afrique du Sud, car il trouvait qu’il lui ressemblait petit. Une photo à découvrir à Châteauvillain.

© Aurore Trespeux

N’oubliez pas de monter à l’étage de la salle d’exposition, où vous pourrez découvrir également des artistes en herbe comme Chary Meïer, jeune photographe nature de 12 ans à peine. Originaire de Saint-Dizier, l’adolescent est déjà exposé aux côtés des plus grands.
 

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