Hichem Mechichi, homme-sandwich de Tommy Hilfiger

 

Des pluies diluviennes ont frappé la semaine dernière l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Autriche et la Suisse. On dénombre pas moins de 191 morts (le bilan n’est pas définitif) dont 160 en Allemagne seulement. Routes éventrées, ponts enfoncés, villes sous les décombres et des dizaines de milliers de personnes qui ont vu leur habitation détruite.

«  C’est une situation surréaliste et fantomatique ; la langue allemande a du mal à trouver les mots pour décrire ce qui s’est passé (…) Ce sont les inondations du siècle.», a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel depuis la région Rhénanie-Palatinat qui compte, à elle seule, 112 morts. Paix à leurs âmes, tous.

Principal accusé de ces intempéries, le changement climatique. « Nous devons nous dépêcher. Nous devons aller plus vite dans la lutte contre le changement climatique », a promis Mme Merkel.

La catastrophe qui a frappé l’Europe de l’Ouest peut nous frapper aussi. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Après tout, on est à moins de deux heures d’avion.

Qu’a-t-on fait pour faire face aux répercussions des changements climatiques ? Rien, le sujet n’a jamais été posé. Qu’a-t-on fait pour que notre économie s’adapte aux nouveaux aléas imposés par les pays ayant une stratégie pour contrer les changements climatiques ? Rien, non plus.

Pourtant, il y a beaucoup à faire et à gagner. Des centaines de projets peuvent être promus. Rien qu’avec l’industrie des énergies renouvelables, il y a des milliers d’emplois à pourvoir. L’Union européenne entend imposer la voiture électrique à tous les particuliers avant 2035. Pourquoi ne pousse-t-on pas nos jeunes et nos hommes d’affaires à lancer des projets de fabrication de batteries électriques, véritable poule aux œufs d’or pour les décennies à venir ? Rien de tout cela n’est prévu par notre gouvernement. On peine encore à importer une simple voiture électrique et il y a de forts doutes que la Steg ait, dans ses programmes, la hausse vertigineuse de la consommation conséquente.

Vous savez pourquoi on est pauvres ? Parce qu’on ne sait pas entre-autres anticiper, parce qu’on est paresseux, parce qu’on ne sait pas prendre exemple des pays qui nous précèdent. Parce qu’on préfère regarder Al Jazeera et Iqra qu’Euronews et Arte. Qu’on le sache, ce qui arrive en Europe aujourd’hui nous arrivera, inévitablement, demain. Une nouvelle fois, paix aux âmes de tous les disparus européens, victimes indéniables du changement climatique.

 

Au Liban, on s’enfonce davantage dans l’abîme. La semaine dernière a, encore une fois, vu des manifestations hostiles au pouvoir. Un pouvoir qui se délite et un État qui périclite. C’est triste, très triste, ce qui arrive au pays du cèdre, un des plus beaux pays arabes.

Chez eux, c’est la crise politique absolue entre les deux têtes de l’exécutif. Le président chrétien Michel Aoun campe sur ses positions et tient à imposer un certain nombre de ministres chrétiens au Premier ministre désigné, le sunnite Saad Hariri. Après neuf mois de tractations houleuses, ce dernier a jeté l’éponge la semaine dernière et a renoncé à composer son gouvernement estimant que les désaccords sont insurmontables avec le président et son gendre Gebran Bassil, chef du parti chrétien. Ça ne vous rappelle rien ces désaccords entre les deux têtes de l’exécutif ? A l’instar de Michel Aoun, notre cher Kaïs Saïed, aussi, entend imposer sa vision au gouvernement…

Au Liban, le peuple souffre. Il souffre énormément. On ne parle plus des belles soirées de Beyrouth, on parle désormais d’une population passée à plus de 50% sous le seuil de la pauvreté. On parle de pénurie de médicaments et de carburant. On parle d’électricité coupée jusqu’à 20 heures par jour. On parle d’une inflation qui devrait dépasser les 100% cette année. On parle d’un chômage qui frôle les 40%. On parle de l’effondrement total de la livre avec un taux de 21.000 livres pour un dollar, contre 1500 livres au taux officiel. On parle de l’ingérence du politique dans la justice et d’une corruption endémique de la classe politique. Ça ne vous rappelle rien ? 

Ce qui arrive au Liban ne doit pas nous laisser insensibles, car, ici aussi, ça n’arrive pas qu’aux autres. Notre crise politique qui s’enlise, notre corruption, notre aveuglement, nos ingérences dans la justice nous mènent droit sur le même triste chemin que le Liban. Qu’on le sache, ce qui arrive au Liban aujourd’hui nous arrivera, inévitablement, demain.

 

Retour en Tunisie, semaine plutôt calme. Les conflits et les abus au Parlement se sont tellement banalisés qu’ils ne méritent plus d’être évoqués ici.

Le nombre de morts quotidiennes ? Cela s’est banalisé aussi. Cette semaine, on a franchi le cap des deux cents morts par jour, mais cela ne semble émouvoir personne. On a des déficits d’oxygène dans nos hôpitaux, mais on ne se prive pas d’aller à l’hôtel et de présenter un voucher de réservation pour justifier la violation du confinement obligatoire. C’est comme ça que vivent les gens qui s’estiment être au-dessus du peuple et ne pas être concernés par les lois du pays et les directives du gouvernement et des autorités sanitaires.

Ce qui est extraordinaire, c’est que parmi ces gens-là, on trouve un ministre (Moez Chakchouk) qui a, en toute indécence, publié ses photos sur les réseaux sociaux depuis l’hôtel où il séjourne. Notre ministre est au degré zéro de la communication ! Alors que les Tunisiens sont sommés de rester confinés chez eux, lui il se balade dans les hôtels et il nous le fait savoir ! Sous d’autres cieux, cela aurait provoqué un limogeage immédiat. Au mieux, on l’aurait invité à démissionner.

Mais peut-on vraiment reprocher cette indélicatesse et cette violation du règlement à un ministre quand on sait que son chef lui-même est en villégiature au somptueux cinq étoiles Hasdrubal de Hammamet ce week-end ?

 

Vu la pénurie d’oxygène observée samedi dernier dans plusieurs hôpitaux, Hichem Mechichi s’est vu obligé de suspendre ses courtes vacances et de faire un saut à Tunis pour une réunion d’urgence avec le ministre et les hauts cadres de la Santé.

Il s’est présenté à eux avec un jean et un polo griffé de la marque américaine Tommy Hilfiger. C’est quand même rigolo quand on pense à sa photo, deux jours plus tôt, sur un court de tennis avec notre championne Ons Jabeur portant un costume.

Quelqu’un pour dire à M. Mechichi que le polo se porte sur les courts de tennis et que le costume se porte dans les réunions ? Quelqu’un pour lui dire qu’un ministre s’interdit de porter une marque étrangère devant les caméras ? A moins qu’il soit devenu un homme-sandwich de Tommy Hilfiger et est payé pour cela à l’instar de nos instagrameuses.

C’est évident, Hichem Mechichi a fait, par cette apparition en plein Hasdrubal-gate, une erreur grossière de communication.

Ce qui est aussi rigolo, c’est qu’il s’est estimé apte à donner des leçons de communication aux dirigeants de la Santé en leur ordonnant de centraliser les informations. Pourquoi ? Parce qu’il a entendu, à la radio, cinq ou six informations contradictoires.

N’est-ce pas une erreur de communication, Monsieur le chef du gouvernement, que d’avouer, devant les caméras, prendre ses informations dans les radios ?

N’est-ce pas aussi une erreur de communication (et de management) que de réprimander et d’humilier devant les caméras les hauts cadres de la Santé qui sont au premier rang de la guerre qu’on mène au covid ?

N’est-ce passe aussi une erreur de communication (et de plagiat sur le président de la République) que de diffuser ses propres attaques, sans diffuser les réponses des « accusés » ? On aurait bien aimé écouter les justifications des hauts cadres de la Santé qui, eux, étaient dans les hôpitaux et non dans les hôtels !

 

Dans sa courte intervention, Hichem Mechichi a dit quelque chose de vrai en déclarant qu’il faut arrêter avec tout ce cirque. Oui, il faut arrêter, car ce que nous vivons tous, c’est un cirque et ce cirque n’est pas chez nos médecins. Eux, ils font ce qu’ils peuvent avec le très peu de moyens dont ils disposent.

Le cirque est à l’Assemblée, au palais de Carthage et à la Kasbah.

C’est tout ce que l’on peut penser quand on voit le chef du gouvernement se présenter en polo griffé d’une marque étrangère pour tancer nos valeureux soldats en blouse blanche ou quand on voit un de ses ministres se prendre des selfies devant une piscine comme une nénette qui a un neurone dans la tête.

En Allemagne, la priorité est à l’urgence climatique. Chez nous, on est à mille lieues de ce genre de problèmes, l’urgence est d’assainir le climat politique. Nos trois têtes du pouvoir exécutif et législatif sont à éliminer si on veut sauver notre pays. Notre pollution à nous n’est pas les gaz à effet de serre (seulement), ce sont tous ces politiques qui nous gouvernent et qui libanisent, petit à petit, la Tunisie.

 

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