Belmondo  sur un tournage fou, fou, fou…

C’est poussé par son producteur Alexandre Mnouchkine que Philippe de Broca, hostile aux suites, accepta de tourner en 1965 cet “Homme de Rio” gonflé à l’hélium. Mais le plaisir pris à réaliser cette comédie d’aventures, diffusée ce 18 juin sur Paris Première, n’en fit pas pour autant un succès.

Sans doute est-ce parce que Philippe de Broca était un homme de défis, ayant l’aventure au cœur, qu’il releva le pari de filmer, dans la foulée de L’Homme de Rio (1964), une adaptation modernisée du roman de Jules Verne Les Tribulations d’un Chinois en Chine, à l’autre bout du monde, pour un budget important de 600 millions de francs. Adepte à l’époque du grand écart artistique, Jean-Paul Belmondo, à qui Godard promet à son retour Pierrot le fou, fait ses bagages pour Hongkong, la Malaisie et le Népal. Héros de ce film tourné à 95 % en décors naturels, il y incarne Arthur Lempereur, millionnaire ayant si peu le goût de vivre qu’il demande que l’on organise sa propre mort.

Le vertige existentiel du récit de Verne fait place, dans le scénario de Daniel Boulanger, à une intrigue à la Tintin et à une succession de vertiges physiques dont se souviendra l’interprète du serviteur de Lempereur et ami dans la vie de Bébel : Jean Rochefort. « Après trente-sept heures de vol pour arriver au pied de l’Himalaya, racontera ce dernier, nous étions sonnés. Les portes de l’appareil d’Air Népal étaient fermées par des ficelles, l’avion était rempli de poules, l’hôtesse de l’air était un enfant de 12 ans. Je revois, à la descente, Alexandre Mnouchkine [le producteur, ndlr] nous montrer le paysage et nous dire, à Jean-Paul et à moi : “Et en plus, je vous paye !’” » Lors d’une prise, les deux complices se retrouvent suspendus un peu trop longtemps dans le vide, sous un pont de lianes. Et, pour la première fois, Rochefort voit Belmondo, d’ordinaire jovial, s’emporter : « Pour lui remonter le moral, je lui ai crié : “Pense que je gagne trente mille francs de moins que ton imprésario !” Ça l’a tellement fait rire qu’il en a oublié ses douleurs. »

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Le reste du temps, la star, dure au mal, multiplie les morceaux de bravoure. Même hors caméra. « De Broca avait décidé qu’il y aurait des cascades toutes les trois minutes, expliquera Belmondo. Quand je m’entraînais à la barre fixe avec mon ami Gil Delamare [responsable des cascades, ndlr], le patron de l’hôtel Hilton, où nous logions, nous disait : “Alors, ça va la gonflette ?” Ça nous a énervés et on a parié 1000 dollars qu’on marcherait sur le rebord de son toit, au sommet des soixante-cinq étages. On a tenu parole. »

Redescendu sur terre, Bébel lie connaissance, lors d’un dîner, avec sa partenaire, la sublime Ursula Andress. « On était à peine aux hors-d’œuvre que je me suis senti de trop », s’amusera Jean Rochefort. « C’est en me faisant rire, confiera la James Bond girl, que Jean-Paul m’a séduite. Avec lui, j’ai connu la folie, la passion. » Laquelle s’épanouit en marge du tournage de leurs scènes d’amour sur l’archipel de Langkawi. Provoquant le divorce de l’acteur, la liaison Belmondo-Andress durera sept ans. Plus proche du feu de paille, ces Tribulations ne feront, lors de leur sortie en salles, que 2,7 millions d’entrées. Deux fois moins que L’Homme de Rio. « J’ai exagéré, analysera de Broca. J’ai pris la plus belle fille du monde, l’acteur le plus charmeur et le plus dynamique dans une histoire pleine de gags, de cascades et d’aventures extravagantes. Bref, il y avait tout, et surtout trop. »

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